4ème dimension

Papou, énervé -… Alors j’ai dit aux voisins de ne plus donner à manger à leurs chiens et chats dehors pour ne pas qu’il revienne. A mon avis c’est la nourriture qui l’attire…
Lilli, interloquée - Qui ça ?
Mam, assurée - Philippe Bouvard.
Lilli, yeux de merlan -
Mam, comme une évidence - Ben oui, il a encore mangé la gamelle du chat, et en plus il le terrorise, le chat !
Lilli, incrédule - Attendez, là. Vous dites que Philippe Bouvard rode dans le quartier à l’affût des gamelles des animaux domestiques et qu’il rackette et terrorise le chat ?!!
Maman, calme olympien - Exactement. Et comme je trouve que le tuer est une action barbare, on s’arrange avec les voisins pour le pousser à changer de territoire.
Lilli, 4ème dimension - Philippe Bouvard ? PHILIPPE BOUVARD ?! Le petit type qui rit en sautillant et qui sévit sur RTL depuis des lustres ?!!!
Maman, accablée - Mais non enfin Lilli, ne soit pas absurde !! Philippe Bouvard le Renard, pas l’homme !
Papou, conciliant - Tu sais, le renard que tu avais vu sur la terrasse, on te croyait pas ? Maman, enchaînant - Fallait bien le nommer. Alors on l’a appelé Philippe Bouvard. J’avais pensé à Gaspard mais ça fait trop galette.
Papou, sérieux - Et à Bernard, mais ça trop Lhermitte pour un renard.

Cela fait quand même bientôt neuf ans que le chat s’appelle « le chat ». Mais fallait nommer le renard… Et aucune trace d’ecsta dans la maison…

Greuhar

La matinée avait mal commencé. A 7H30, mon voisin du dessus s’est encore trompé de porte quand il est revenu chez lui. A cette heure là, je suis encore dans les bras de Morphée, et un hurluberlu qui me tire de mon sommeil sacré en essayant d’ouvrir ma porte par n’importe quel moyen que cela soit, (la défoncer étant manifestement une option acceptable), non seulement ça me fait peur, mais en plus ça me met de mauvaise humeur.

Le matin, je réponds au téléphone. C’est probablement ce que je déteste le plus car je dois gérer sur l’instant le mécontentement des personnes, et trop souvent leur agressivité. Ce coup de fil a été de trop.
Une pétasse au téléphone qui me hurle dans les oreilles. Je reprends ma respiration.

Eulalie, professionnelle - Madame Gwendoline est en rendez-vous à l’extérieur.
Mme P., odieuse - C’est inadmissible, je vous ai déjà laissé un message, elle ne m’a pas rappelée, je suis à bout de nerf, votre attitude est déplorable. Vous l’avez transmis au moins ce message ?!
Eulalie, ras les couettes - Bon, pour commencer, on va respirer par le nez et se calmer un peu. Sachez que si Madame Gwendoline avait pu vous rappeler, elle l’aurait fait. Maintenant, me parler de la sorte ne va non seulement pas la faire revenir plus tôt, mais en plus ça risque de me retirer toute bonne volonté pour vous venir en aide. Je ne suis pas là pour que vous puissiez vous défouler, et si vous souhaitez passer vos nerfs sur quelqu’un, vous avez fait le mauvais numéro.

Madame P. bredouille.

Eulalie, enchaînant - Si vous voulez vous défouler sur un truc qui parle, vous pouvez appeler l’horloge parlante. Je vous donne le numéro ?
Mme P., calmée - Euh, oui, euh… Pardon, c’est que je suis à bout de nerf, mon client me harcèle et me rappelle toutes les heures, je ne sais pas quoi faire. Je suis désolée, excusez-moi.
Eulalie, professionnelle - Bien. Que puis-je faire pour vous Madame P. ?

Eulalie, 1 point.

Mardi, jounée de merde

Ça a commencé à 00h30 ce matin. Je monte me coucher sur la mezzanine, l’ampoule clignote puis s’éteint. Agacée, je décide de la remuer un peu au cas où il y aurait un faux contact. Idée aussi absurde que douloureuse. Je me brûle donc l’index, parce que c’est vrai que ça faisait longtemps que mes mains n’avaient pas été attaquées, et faut dire que ça me manquait. Je réprime un cri de rage – n’affolons pas les voisins.

Je redescends l’échelle pour constater les larmes au yeux que je n’ai pas d’ampoule de rechange. Fermement décidée à lire ma BD, je remonte donc les bras chargés de bougies, avant de me brûler le dos de la main avec l'une d’entre elles. Je me résous donc à poser la BD et à m’endormir, grommelant des insultes destinées aux ingénieurs peu éclairés qui ne sont même pas capables de fabriquer des ampoules qui ne cassent pas.

Vers 4h30, mon voisin, soucieux de s’entraîner à faire des enfants, et ce à n’importe quel moment du jour et de la nuit, fait encore hurler sa coquine.

A 9h15, histoire de bien commencer la journée, un locataire hargneux et désagréable téléphone pour déverser sa haine et cracher son venin sur tous « les gens comme nous ». Sa mauvaise foi me fait monter le rouge aux joues, je garde mon calme tant bien que mal. Je me venge sur le cahier des messages en … l’égarant, plus loin, là, là-bas. Partant du principe qu’il faut être agréable aux gens pour qu’ils nous soient également agréables, j’applique ici l’opposé de cette règle. Et sans remords.

A 14 heures, sous une pluie battante, j’évalue la résistance à l’eau et l’imperméabilité de mes Pumas, celles avec le tigre brodé dessus (!). Note : zéro pointé. Je fais « shouik shouik » quand je marche, et c’est les petons gelés que j’avance malgré les bourrasques qui retournent mon parapluie, le froid, la grêle, la neige et les averses de sauterelles, de flamands roses et de dauphins. (Saloperie de bestioles). Devant l’immeuble, je poireaute vingt minutes dans le froid (etc., vous avez chopé l’idée, je crois) pour finalement repartir « shouik shouik » car la personne n’est pas venue.

Je me rends donc à mon rendez-vous suivant, « shouik shouik », avec de l’avance pour ne pas découvrir le studio en même temps que le candidat locataire, et je reste comme une cruche dans le froid, patin, couffin, à taper un code qui n’est manifestement pas le bon. Mon parapluie, l’ingrat, choisit évidemment cet instant précis pour me lâcher.

Parcours du combattant, « shouik shouik » à l’agence, je récupère le sésame après dix minutes d’attente téléphonique et je mendie un parapluie aux !:%µlm]°#¤ !§ de négociateurs. Je retourne à l’appartement et le fais visiter à deux mous du genoux qui ont manifestement trois heures à tuer.

De retour chez moi, je découvre un avis de passage du facteur. Attendant mon modem en trépignant depuis plus d’un mois, je me réjouis d’enfin apprendre une nouvelle qui égaiera ma journée. C’était trop beau. Une heure à retourner, rebrancher, désinstaller, réinstaller ce fichu modem, sans résultat. Deux heures à s’escrimer à joindre cette hotline surtaxée pour parler à un débile notoire qui me dit d’attendre demain midi.

Les chaussures sans lacets sèchent devant le radiateur. Mes pieds ne se sont toujours pas réchauffés. J’ai mal au bout de l’index, et la diode clignotante du modem continue à me narguer. Bon. Puisque c’est comme ça, j’éteins tout, téléphone compris, et je vais me coucher. En espérant que demain sera une belle journée.

De la poésie de se rouler une monumentale pelle dans les toilettes, entre les urinoirs et la porte à battants

Si je comprends que la boîte de nuit est, pour certains, un endroit hautement érotique, (corps en transe qui ondulent , alcool désinhibant, promiscuité avec des inconnus qui se sont fait beaux…), j’ai grand peine à mesurer la « sensualité » de ses toilettes.

Pourtant, ayant assisté aux échanges de flux salivaires de ce couple qui venait manifestement de se former, (*sourire* « C’est quoi ton nom au fait ? » « - Claire »*re-belote*) j’imagine qu’il me manque une part de bestialité débridée… Suis-je anormale ?

Quand j’y pense, le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est « odeur ». Effectivement, l’acte même de s’embrasser toute langue dehors pendant ¼ d’heure implique de respirer par le nez. Et le nez, c’est l’odorat. Enfin chez moi. Et les toilettes de boîtes de nuit… Pouah !

Ensuite, c’est les bruits périphériques. Chasse d’eau toutes les deux minutes, individu qui vient vomir ses tripes à cause des 10 whisky coca qu’il s’est enfilé sur les trois dernières heures pour se donner le courage d’aborder des demoiselles… Bruits pas très sensuels et probablement déstabilisants qui n’éveillent ni n’attisent mon côté animal.

Enfin, je pense aux dérangements successifs, à la porte à battants qui tape plus au moins fort dans le dos/le bras/le coude (rayer les mentions inutiles) à chaque aller et venue, au videur qui vient se saisir du type qui est toujours enfermé dans les toilettes et que ses potes cherchent depuis 30 minutes…

Non, franchement, je ne comprends pas. Mais bon, c’est peut-être aussi parce que j’intellectualise trop. Oui, ça doit être ça : je suis une blonde trop intellectuelle.

Clothilde, châtain foncé hystérique

"Ah mais non ! Pense bien à souligner en dessous !"