Ça a commencé à 00h30 ce matin. Je monte me coucher sur la mezzanine, l’ampoule clignote puis s’éteint. Agacée, je décide de la remuer un peu au cas où il y aurait un faux contact. Idée aussi absurde que douloureuse. Je me brûle donc l’index, parce que c’est vrai que ça faisait longtemps que mes mains n’avaient pas été attaquées, et faut dire que ça me manquait. Je réprime un cri de rage – n’affolons pas les voisins.
Je redescends l’échelle pour constater les larmes au yeux que je n’ai pas d’ampoule de rechange. Fermement décidée à lire ma BD, je remonte donc les bras chargés de bougies, avant de me brûler le dos de la main avec l'une d’entre elles. Je me résous donc à poser la BD et à m’endormir, grommelant des insultes destinées aux ingénieurs peu éclairés qui ne sont même pas capables de fabriquer des ampoules qui ne cassent pas.
Vers 4h30, mon voisin, soucieux de s’entraîner à faire des enfants, et ce à n’importe quel moment du jour et de la nuit, fait encore hurler sa coquine.
A 9h15, histoire de bien commencer la journée, un locataire hargneux et désagréable téléphone pour déverser sa haine et cracher son venin sur tous « les gens comme nous ». Sa mauvaise foi me fait monter le rouge aux joues, je garde mon calme tant bien que mal. Je me venge sur le cahier des messages en … l’égarant, plus loin, là, là-bas. Partant du principe qu’il faut être agréable aux gens pour qu’ils nous soient également agréables, j’applique ici l’opposé de cette règle. Et sans remords.
A 14 heures, sous une pluie battante, j’évalue la résistance à l’eau et l’imperméabilité de mes Pumas, celles avec le tigre brodé dessus (!). Note : zéro pointé. Je fais « shouik shouik » quand je marche, et c’est les petons gelés que j’avance malgré les bourrasques qui retournent mon parapluie, le froid, la grêle, la neige et les averses de sauterelles, de flamands roses et de dauphins. (Saloperie de bestioles). Devant l’immeuble, je poireaute vingt minutes dans le froid (etc., vous avez chopé l’idée, je crois) pour finalement repartir « shouik shouik » car la personne n’est pas venue.
Je me rends donc à mon rendez-vous suivant, « shouik shouik », avec de l’avance pour ne pas découvrir le studio en même temps que le candidat locataire, et je reste comme une cruche dans le froid, patin, couffin, à taper un code qui n’est manifestement pas le bon. Mon parapluie, l’ingrat, choisit évidemment cet instant précis pour me lâcher.
Parcours du combattant, « shouik shouik » à l’agence, je récupère le sésame après dix minutes d’attente téléphonique et je mendie un parapluie aux !:%µlm]°#¤ !§ de négociateurs. Je retourne à l’appartement et le fais visiter à deux mous du genoux qui ont manifestement trois heures à tuer.
De retour chez moi, je découvre un avis de passage du facteur. Attendant mon modem en trépignant depuis plus d’un mois, je me réjouis d’enfin apprendre une nouvelle qui égaiera ma journée. C’était trop beau. Une heure à retourner, rebrancher, désinstaller, réinstaller ce fichu modem, sans résultat. Deux heures à s’escrimer à joindre cette hotline surtaxée pour parler à un débile notoire qui me dit d’attendre demain midi.
Les chaussures sans lacets sèchent devant le radiateur. Mes pieds ne se sont toujours pas réchauffés. J’ai mal au bout de l’index, et la diode clignotante du modem continue à me narguer. Bon. Puisque c’est comme ça, j’éteins tout, téléphone compris, et je vais me coucher. En espérant que demain sera une belle journée.