Belliqueuses fournitures de bureau
Par Eulalie , lundi 13 octobre 2003 à 00:00 :: Journal
Une semaine de travail et le constat est passablement inquiétant. Le nombre de plaies et de bleus acquis dans ce laps de temps dépasse bel et bien la moyenne habituelle.
Passons mon problème d’appréhension du monde matériel. Il est vrai que je me prends quotidiennement lampadaires, portes, crémones de fenêtres, murs, coins de tables et autres obstacles solides dans la tête. C’est normal. Il en a toujours été ainsi. N’ayant pas encore assimilé que je ne peux pas physiquement passer à travers pierres et métaux, je prends les virages trop serrés, et bing le mur. A tel point que lorsque j’étais petite, mes parents me fixaient un casque à boudins sur la tête afin que je cesse de me triple-cogner mes bosses et mes bleus et de m'assommer.
Si j’ai assimilé que c’était donc moi qui agressais systématiquement les portes de placard et vitres trop bien nettoyées en me jetant sur elles, il en est différemment depuis le début de la semaine dernière.
Ce n’est pas moi qui projette mes petits doigts délicats dans la pince du classeur juste quand celle-ci se referme. Ce n’est pas moi qui positionne la pulpe du doigt de telle façon que la feuille querelleuse le tranche. Ce n’est pas moi qui fais exprès de glisser ma main dans un dossier dont les pattes des vilaines agrafes venimeuses n’attendent qu’un peu de chair à perforer.
Alors j’ai enquêté. Et cela s’annonce encore plus fourbe : j’ai la quasi certitude que le pied de table n’est pas là par hasard, que la table est sciemment trop basse par rapport à la chaise que c’est pour ça que je me cogne les genoux à chaque fois que je m’assoie, que l’armoire se déplace bel et bien pour que quand je me lève puis virevolte je ne puisse pas ne pas me la prendre en pleine tête.
Et cela expliquerait cette rébellion de calculatrice qui n’affiche jamais le bon total… Calculatrice, je sais que c’est toi l’instigatrice de cette mutinerie. Alors je vais être claire. Toi et moi, demain, 10 heures, en combat singulier. Je te laisse le choix des armes.