Frapper ou être frappée
Par Eulalie , jeudi 28 août 2003 à 00:00 :: Journal
Croisé dans le train tout à l’heure un damoiseau avec lequel j’allais jadis en cours. Ce type est une pure beauté : mat de peau, sourire éclatant, lèvres charnues, nuque magnifique.
Bribe de conversation :
Lilli, captivée - Tu fais toujours de la boxe thaï ?
Lui, courtois - Oui, toujours. Ca me maintient en forme.
De la boxe… J’y avais pensé lorsque je cherchais une activité physique. L’idée de taper sur quelques joues, de frapper des sacs de sables avec de jolis bandages blancs. Finir par descendre dans la rue, l’œil du tigre, flairant les embûches des crapules tapies dans l’ombre. Devenir la défenderesse du veuf (beau et riche) et de l’orphelin (d’environ un quart de siècle avec des jolis yeux bleus). J’avais fini par monter les trois marches de la salle que j’avais repérée. Une grande pièce, des sacs de sable qui pendent du plafond, un ring au centre, des tapis bleus au sol et cette odeur nauséabonde de transpiration. Initiation avec un homme aussi musclé que gros (très musclé) qui m’explique la « Philosophie ». Première tentative « histoire de me mettre dans le bain » avec une fille plus petite que moi, brune, plate, nerveuse et très rapide. Première droite. Et dernière. L’initiation aura duré trois secondes et demie.
Parce qu’en effet, la boxe pose un problème éthique pas forcément évident mais bien réel. A la boxe, on ne fait pas que donner des coups, on en prend aussi.
La boxe, pour moi, c’était taper sur des gens. L’idée qu’ils puissent répondre ne m’avait jamais effleurée. « Problème insoluble » direz-vous ? Pas pour moi. J’ai imaginé un centre spécial de boxe féminine. Un centre égalitaire où nous pourrions toutes nous lever contre l’oppression de la violence, où nous pourrions casser des gueules sans que l’adversaire n’ait de droit de réponse. Un monologue féminin, en quelque sorte. Première idée : que tous les chippendales décérébrés viennent de jour dans ce centre afin que les femmes, unies dans un même effort de cassage de gueule défoulant, puissent enchaîner les uppercuts et les crochets sans risquer d’affaiblir le QI de leurs adversaires. Parce que ce n’est pas l’idée de frapper qui me dérange, mais le concept que moi, pauvre petite Blonde faible et fragile, je puisse m’en prendre une sérieuse dans mon joli petit minois délicat.
Note pour plus tard : soumettre ce concept à Bingo, que je puisse personnellement m’occuper de son cas…