Un gaillard au rire tonitruant

La gorge s'est serrée plus fort à mesure que nous approchions de l'église. Lorsque les cloches ont commencé à tintinnabuler, ce qui n'existait que sous forme de mots, presque un concept, s'est révélé concret.
Aujourd'hui, nous allions enterrer mon oncle. Mon oncle ? Ce gaillard au rire tonitruant ? Ce gaulois rigolard, cet époux, ce papa, ce papi bienveillant, cet oncle, mon oncle, si bon vivant, vraiment, est-ce possible ?

Sur le parvis, j'ai ressenti, je l'avoue, une certaine fierté d'avoir fait partie de la vie de cet homme pour lequel une telle foule, si prompte à l'éloge, s'était déplacée.
Dans l'église, câlins, sanglots, baisers et pleurs mêlés. Je n'ai pas lâché la main de ma sœur.


Plus tard, un hommage. Je me fige, coupe à la main, rattrapée par cette sensation étrange que j'ai parfois de découvrir le monde qui m'entoure dans son absolue absurdité. Je m'étonne du goût du champagne sur ma langue, de la couleur des meubles, du son de leurs conversations, de l'odeur de leurs parfums, je m'étonne même de savoir tenir debout. Je regarde les paupières gonflées et rougies, les cernes marquées, je discerne des joues encore humides, des épaules un peu trop voutées.
Et puis comme une vague, l'éclat de leurs sourires, le son de leurs rires, la chaleur de leurs gestes les uns envers les autres, les mains dans le dos, les baisers plus longs que d'habitude, ma mère et mes tantes qui chantent en choeur, l'absolue beauté qui émane de chacun d'entre eux. Et je me dis que, à la loterie d'attribution de famille, si tant est qu'elle existe, j'ai eu une sacrée chance de tomber sur celle là.

Tchin, à DD, mon oncle, ce gaillard au rire tonitruant !

To do to don't do, woohoo

AHAH ! C'est un triomphe ! J'ai calmé Coach Grü ! Ma technique imparable ne tient qu'en trois mots : hey - long - gars - Sion.
Les blessures réveillant à chaque fois le délicieux infirmier qui sommeille en lui, me voilà prête pour savourer une quinzaine de jours de poule-en-pâte. À moi le leadership de la télécommande, les smoothies amoureusement apportés alors que je me prélasse repose dans le fauteuil et l’annulation de toutes mes corvées domestiques. Si je n'étais pas complètement shootée par le myolastan, là, je vous improviserai une petite danse de la victoire sur une jambe.

Eulalie, victoire sur abandon pour blessure. (Non, c'est pas antinomique)

11.11.1911 - 11.11.2011

Et 1 qui font 100.
Rester là, en nous, en ce qu'elle nous a donné d'amour et de sagesse, c'est peut-être pas l'éternité, mais c'est une forme de vie.

To do to don't do, two

(Oui, je sais, ça devient pénible ces histoires de course à pieds, mais soyez patients mes chatons ; dès que j’arriverai à 45 min d’endurance, je commencerai à libérer des endorphines et nous serons tous euphoriques, connectés à la perfection de l’univers dans un moment d’extase irréel, les matins joyeux débuteront avec le chant de l'alouette, nos peaux légèrement rosées seront veloutées et nous n'aurons plus jamais le cheveux gras, même lorsque nous porterons des bonnets.)

Liste des techniques de sioux qui fonctionnent pour échapper au Coach Grü l'Incorruptible et à l'entraînement d'endurance :
- Oublier ses baskets sur le rebord de la fenêtre, laisser passer trois orages, récupérer des palmes le dimanche, ne pas parvenir à les sécher malgré 2000 tours dans la sécheuse.

Je rentre légère et guillerette avec ce sentiment d'interdit bravé -ahah, j'ai séché une séance et réussi à corrompre Coach Grü-, je suis une rebelle, même mes incessantes courbatures qui ne me quittent plus depuis deux mois semblent avoir compris qui est la cheffe et se font discrètes... quel beau début de semaine de quatre jours ! Quand. Quand je l'ai vu. Son œil dément. Son sourire excessif. Déjà en short. Avec une patate d'enfer. En train de sautiller. Un enthousiasme à la limite de la frénésie. Me tendant mes affaires en précisant qu'il a tâté les baskets et qu'elles sont bien sèches. J'ai bien essayé de dire que je m'étais tiré une petite peau sur le bord de l'ongle et que j'avais besoin de soins et que le sel de la transpiration provoquerait très certainement une douleur insurmontable. J'ai tendu ma montre, toujours à l'heure d'été, pour essayer de l'embrouiller sur l'horaire. Dehors, il pleuvait. Je lui ai dit que je ne voulais pas mouiller mes baskets bien sèches.

Rien n'y a fait. Cet homme est devenu une machine à courir. On n'échappe pas à Coach Grü. Si vous le croisez, fuyez. Mais pas en courant, malheureux, il vous prendrait aussitôt en affection et voudrait jouer à courir avec vous ! Non, longez les murs. Rampez dans la pénombre. Il est encore temps pour vous. Moi je suis perdue. J'ai couru 35 minutes.

To do to don't do

Liste des techniques de sioux qui fonctionnent pour échapper au Coach Grü l'Incorruptible et à l'entraînement d'endurance :

- Se plaindre d'être fatiguée / d'avoir passé une journée difficile / d'être percluse de courbatures / d'avoir faim en jetant un regard façon puss in boots (Trop simple)
- Dire que j'ai mes règles (Pourtant ça fonctionnait hyper bien avec mon prof de sport de première.)
- L'appâter avec de la bonne junk food et une série télé (Ce qui ne l'empêchera pas de démonter le stock après la séance)
- Ne plus trouver mes écouteurs / mon téléphone / ma chevillière / mes chaussettes.. (Oui, bon, je n'y croyais pas moi-même, mais ça se tente)
- Aller boire une bière avec des collègues, revenir plus tard que prévu, un peu pompette, puis faire tomber par la fenêtre une basket droite dans la cour de l'immeuble non éclairée (J'avais beaucoup d'espoir dans celle-là)
- Oublier ses baskets sur le rebord de la fenêtre, laisser passer trois orages, récupérer des palmes le dimanche, ne pas parvenir à les sécher malgré 2000 tours dans la sécheuse (Ne fonctionnera qu'une seule fois)